La robotique, une quinqua bien gaillarde

La vie commence à 50 ans, un adage qui semble s’appliquer à merveille à la robotique, tant le foisonnement des recherches, des nouvelles applications et des annonces s’amplifie ces derniers temps. Quelques indices de cette vitalité ?

 

La chaire annuelle d’innovation technologique Liliane Bettencourt du Collège de France tout d’abord. Le récipiendaire 2012 est, pour la première fois, un roboticien. Dans sa magnifique leçon inaugurale du 19 janvier dernier (en vidéo sur le site du Collège), Jean-Paul Laumond se place dans le sillage du mythe d’Héphaïstos, tiraillé entre la quête du savoir pur (son amour pour Athéna) et la passion de l’objet qui fonctionne, le savoir faire qui permet d’animer des serviteurs de métal. On y découvre qu’en robotique les modèles issus des maths pures se combinent avec bonheur à des approches plus empiriques et à l’introduction d’une dose d’aléatoire dans les algorithmes. On y comprend pourquoi la robotique sera finalement créatrice nette d’emplois, à rebours de ce que clament les Cassandre. On se réjouit du succès de start ups comme Kineo et de la qualité des équipes de recherche spécialisées de notre pays. On comprend surtout que les progrès actuels dans l’interaction entre humains et robots s’apprête à ouvrir une ère nouvelle pour la robotique de services. Les cours de la chaire, qui s’étaleront jusqu’à mi-juillet, donneront notamment la parole à Nicolas Franceschini, de l’Institut des Sciences du Mouvement de Marseille-Luminy, spécialiste éminent de la micro-robotique inspirée du monde des insectes volants.

www.college-de-france.fr/default/EN/all/laumond

 

Les déclarations récentes de Bruno Bonnell, ensuite, sur la création d’un fonds d’investissement dédié à la robotique de service, ces robots qui se préparent à renouveler notre électroménager et nos voitures, mais aussi à révolutionner l’assistance aux personnes ou l’intervention dans les lieux difficiles. On connaît tous ces premiers robots aspirateurs autonomes, gros palets de hockey qui officient en notre absence. Mais sait-on qu’au dernier Consumer Electronic Show de Las Vegas, des robots repasseurs de vêtements très convaincants ont été présentés au public ? C’est pour cela que notre chantre de la « robolution » vient de réunir un fonds d’investissement de 60 millions d’euros qui sera consacré à cette nouvelle robotique. Dans le même temps, le président Obama annonçait de son côté le lancement d’un fonds fédéral d’amorçage pour la robotique, doté d’environ 70 millions de dollars, somme qui sera évidemment abondée, d’un facteur 4 ou 5 par les contributions privées. Le fonds « Robolution Capital », lancé par Bonnell et financé par Orkos Capital et la Caisse des Dépôts, devrait être en mesure d’accompagner une trentaine de projets, avec des tickets allant de 300K€ à 3M€ : premiers investissements annoncés au printemps 2012 !

www.robolutioncapital.com

 

La une du magazine Wired du mois de février enfin, qui nous apprend que l’AUTO-mobile, au sens littéral, est désormais une réalité. Si aujourd’hui tous les grands constructeurs de voitures truffent leurs modèles de dispositifs électroniques d’assistance à la conduite (radars de recul, surveillance d’angle mort, gestion du freinage et de la vitesse…), nous sommes là dans l’habituelle innovation incrémentale, les acteurs historiques s’inspirant de l’avancée des technologies pour compléter leur produit. L’époque est pourtant mûre pour que de nouveaux acteurs, issus de l’informatique et de la robotique mettent le concept même d’automobile cul-par-dessus-tête. L’âge de la voiture-robot qui se débrouille toute seul est là : Google fait rouler depuis 18 mois sur les routes de Californie, des véhicules autonomes qui captent leur environnement à partir d’une tourelle de lidars et affinent leur algorithme de conduite au fur et à mesure que les volumes de données colossaux sont interprétés. Les multi-capteurs qui équipent ces véhicules modélisent le monde en continu, plusieurs dizaines de fois par seconde, et surpassent de loin les capacités intrinsèques des meilleurs conducteurs. Restent les questions règlementaires, sur lesquelles plusieurs Etats américains sont aujourd’hui en cours de réflexion. L’écrivain de science-fiction William Gibson avait l’habitude de dire « le futur est déjà parmi nous, c’est juste qu’il ne s’est pas encore diffusé partout » : en lisant le papier de Vanderbilt dans Wired, on se dit que le mariage de la robotique et de l’informatique pourrait bien révolutionner très prochainement la plus belle conquête de l’homme (bien avant le cheval)!

www.wired.com/magazine

 

Les compétences françaises en robotique sont anciennes, d’un excellent niveau et d’une notoriété qui dépasse nos frontières, mais serons-nous capables d’investir les montants nécessaires, à l’instar de la Corée qui en a fait une priorité nationale ? Et dans ce contexte d’ébullition rapide, quelle démarche concertée et quelle stratégie de développement de la robotique pour une région comme PACA ? dans le cadre de quels PRIDES ? de quels futurs domaines d’activités stratégiques ? pour quels champs d’applications différenciés?

Laisser un commentaire

* obligatoire